Recherche

Articles les plus lus

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Lundi 16 juillet 2007

Lorsque l'on souhaite exciter la foule contre les "grands patrons", et que l'évocation de leur salaire ne suffit plus, puisque la critique des stock-options semble passée de mode, on aime aujourd'hui à parler des "parachutes dorés". De quoi s'agit-il ? D'une prime de départ, dont le montant est à la mesure niveau du salaire ; elle peut être fixée dans le contrat à l’embauche, négociée par la suite, ou au moment du départ du dirigeant. Qui paye ? C'est "l'entreprise", ce qui ne veut pas dire grand-chose. En fait, ce sont les actionnaires. En effet, les gains de ceux-ci sont, par définition, ce qu'il reste quand tout a été payé. Et qui décide de la verser ? Les actionnaires, ou leurs représentants, via le Conseil d’Administration.

Ainsi, les actionnaires d'Alcatel-Lucent ont approuvé, à 89,5%, la résolution approuvant le versement à Patricia Russo, directrice générale, de deux ans de salaire à son départ (article de Boursorama). C'est peut-être une mauvaise approche, c'est peut-être inefficace, contre-productif. Mais pour quelle raison interdire à certains d’indemniser les autres comme bon leur semble ?

J'ai été choqué à la lecture d’une brève dans Le Journal des Finances Patrimoine du 2 juin 2007 (p10), indiquant que le gouvernement envisageait de les interdire. En fait, il s’agit de les encadrer : « Désormais, l’attribution de parachutes dorés sera liée à des conditions de performance fixées à l’arrivée du dirigeant dans l’entreprise. A son départ, le conseil d’administration sera saisi pour décider du versement ou non de cette indemnité. » (site du Premier Ministre).

Je ne vois pas pourquoi l’Etat vient se mêler de l’argent des autres. Surtout, je suis surpris par la seconde phrase : cela signifierait que, même si cette indemnisation est prévue dans le contrat d’embauche, le CA pourrait refuser son versement. Cependant, il me semble assez improbable qu’une telle restriction passe dans la loi telle quelle. Au moins devra-t-il être spécifié dans le contrat les conditions dans lesquelles une telle suspension est possible. Si tout versement est soumis à l’accord du CA sur le moment, l’incertitude sera bien grande pour le dirigeant, et la liberté de contrat sera, une fois de plus, atteinte. Nous verrons.

On a beaucoup évoqué le cas de Noël Forgeart. Ce cas, très médiatisé, est bien loin du cas général. D'abord parce qu'il s'agit d'une entreprise dont une partie des capitaux sont détenus par l'État. Il est donc logique que les citoyens se sentent privés des sommes versées. Ensuite, parce que, selon Le Nouvel Observateur, le conseil d'administration semblait désirer un licenciement pour faute, sans indemnité, et que le Ministère des Finances semble avoir favorisé la voie "amiable" (une enquête est en cours, voir l’article de L’Express). Nous sommes donc bien loin de l'usage habituel, où ceux qui prennent les décisions en supportent personnellement le coût. Cela ne peut donc absolument pas servir à disqualifier une pratique, et encore moins à justifier son interdiction.

 

par Matthieu publié dans : Entreprises communauté : Ouvrez-vous
commentaires (0)    ajouter un commentaire créer un trackback recommander
Jeudi 12 juillet 2007

Le discours de Nicolas Sarkozy, à Cormeilles-en-Parisis, mardi 6 mars 2007, est une magnifique profession d’antilibéralisme. Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais c’est une synthèse intéressante. Au-delà de toute la rhétorique mettant en valeur l’Etat sous toutes ses formes, que je vous laisse découvrir dans le discours in extenso, j’ai sélectionnés quelques extraits particulièrement éloquents.

"L'Europe est la seule région du monde où les lois de la concurrence livrent les entreprises aux prédateurs du monde entier parce qu'elle les empêche de fusionner et parce qu'elle interdit aux Etats de les aider". "Même aux Etats-Unis, l'Etat a plus de marge de manœuvre pour intervenir dans l'économie que n'en ont les Etats en Europe."

Eh non Monsieur Sarkozy, les Etats-Unis ne mènent pas une politique libérale… loin s’en faut. Enfin, on peut contester l’interdiction des fusions. J’évoquerai peut-être la question dans un prochain article. En revanche, les « aides d’Etat » consistent à prendre l’argent aux contribuables pour l’attribuer à une entreprise qu’ils ne souhaitent pas soutenir.

A propos de son intervention au sujet du groupe Alstom : "J'ai dû me rendre à quatre reprises devant la Commission européenne. Elle aurait dû m'aider, pas me combattre".

La Commission européenne veille à ce qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale entre les entreprises : il convient de penser aux entreprises concurrentes d’Alstom lorsqu’on décide de lui venir en aide. C’est pourquoi il était important, logique, et très positif que ces discussions entre la Commission Européenne et le ministre des Finances français qu’était alors Nicolas Sarkozy aient lieu. Il convient aussi de rappeler qu’il est parfois préférable de laisser une entreprise non concurrentielle disparaître pour que ses salariés et ses actionnaires puissent mieux utiliser leurs capacités. Même si c’est parfois difficile à court terme, c’est préférable, pour tous, à long terme.

"Je veux que la monnaie soit mise au service de l'emploi et de la croissance".

Lorsque les politiques se mêlent de monnaie, les conséquences sont négatives à long terme : tout se paye un jour… L’Union Européenne, à travers sa politique monétaire, a mis fin aux dévaluations à répétition des années 80. Et l’inflation, contre laquelle la Banque Centrale Européenne a pour mission de lutter, est un ennemi de la confiance dans l’économie. Depuis, Nicolas Sarkozy a affirmé ne pas vouloir revenir sur l’indépendance de la BCE , ni sur ses objectifs, mais renforcer le gouvernement économique de l’Union. C’est plus sage, même si cela reste discutable.

Le meilleur pour la fin, pour être sûr que vous ayez bien compris : "Je ne crois pas à la doctrine du laissez-faire." On ne peut pas plus antilibéral.

 

Concernant les services publics, le libéralisme permet l’émergence de services publics meilleurs, en permettant à chacun de choisir son prestataire. Nicolas Sarkozy, en proposant des ajustements à la marge, pour réduire les coûts, mais généralement sans remettre en question les monopoles, ne donnera pas plus de liberté. Ce qu'il propose n'est donc pas libéral.

Sur les réductions de charges, notons que ce qui est prélevé par l'Etat l'est toujours sur le fruit du travail. En d'autres termes, la valeur que l'entreprise attribue à votre travail, c'est votre salaire net + les charges salariales + les charges patronales. Tout cela représente ce que l'entreprise est prête à payer pour que vous travailliez pour elle. Les libéraux pensent que chacun devrait être libre de disposer du fruit de son travail dans son intégralité, et qu'il choisisse donc la façon dont il souhaite être couvert contre la maladie, le chômage, ou comment il souhaite préparer sa retraite. La démarche d'allègements ponctuels et sous conditions de Nicolas Sarkozy n'est donc pas libérale ; Alternative Libérale propose, par exemple, de permettre aux entreprises de verser le "salaire complet" à leurs salariés, toutes charges comprises.

Le libéralisme, ce n'est pas nécessairement la précarisation de l'emploi, comme la propose Nicolas Sarkozy par la création d'un contrat unique, précaire dans les premières années. Au contraire, les libéraux sont favorables à l'existence de différents contrats (chaque contrat est spécifique à une relation), adaptés aux différentes situations, des entreprises et des salariés. Des contrats flexibles sont parfois nécessaires, et dans ce cas, mieux vaut un contrat précaire que rien du tout. Mais je ne vois pas pourquoi supprimer le CDI dans sa forme actuelle, puisqu’il correspond à une attente. Laissons entreprises et salariés choisir.

Plus polémique, je dirais que les libéraux font, par leurs principes fondamentaux, confiance à l'individu, à toute personne humaine. Ils sont donc bien loin des thèses du déterminisme génétique (même si, bien sûr, les gènes ont une influence, ils n'expliquent pas tout), et respectent chaque homme et chaque femme, dans leur identité.

Vous l’aurez compris, il s’agissait d’un portrait « à charge » de l’anti-libéralisme de Nicolas Sarkozy. Je ne nie pas qu’il puisse apparaître comme libéral sur certains sujets. J’ai cependant tendance à penser que lorsqu’il lui arrive d’utiliser le libéralisme, c’est au service d’autres buts (suivant une démarche, logique, que je décris dans un autre article), plutôt qu’en suivant ses valeurs.

Différents points de son programme peuvent d’ailleurs être rappelés pour illustrer ce discours.

par Matthieu publié dans : Hommes et femmes politiques communauté : Ouvrez-vous
commentaires (2)    ajouter un commentaire recommander
Lundi 9 juillet 2007

Je poursuis ma série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).

Partie II : Les méthodes d’évaluation de la valeur de la biodiversité (2/2)

b. Les méthodes d'évaluation directe

i. Avec préférences révélées

1. Sur le marché réel

L’évaluation par le changement de productivité consiste à considérer le fait qu’une variation de la qualité de la biodiversité a un impact direct sur la production par les agents économiques de biens et services marchands. Par exemple, la disparition du couvert forestier aurait un impact sur la qualité des sols, et donc sur le niveau de production agricole.

Les dépenses de protection permettent aussi de donner une valeur monétaire à certains actifs environnementaux, par l’estimation des dépenses réelles de protection contre la dégradation de l’environnement. Il en est ainsi de l’achat de bouteilles d’eau pour compenser la dégradation de la qualité de l’eau du robinet.

Enfin, on peut évaluer la valeur d’un actif en mesurant celles de biens qui lui sont substituables. C’est possible par exemple avec les Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) : fruits, gommes et résines, huiles, fibres.

2. Sur un marché reconstitué

La méthode des prix hédonistes consiste à déterminer la mesure dans laquelle la variation des prix de marché est expliquée par la variation du niveau de l’environnement. On peut s’appuyer en particulier sur le prix des maisons, ou le prix des médicaments intégrant des principes actifs naturels.

ii. Avec préférences exprimées sur un marché fictif : la méthode de l'évaluation contingente

La méthode de l’évaluation contingente consiste à placer les individus sur le marché fictif du bien à évaluer pour connaître leurs préférences individuelles. On demande aux individus la valeur qu’ils accordent à une altération d’un élément de la biodiversité, généralement sous la forme d’un montant maximal à payer pour obtenir ou conserver celui-ci. C’est la technique des enchères. La valeur totale est alors le produit du montant moyen avec la taille de la population pertinente. On peut aussi employer des techniques référendaires : l’agent accepte ou refuse un prix proposé, dans le cadre d’un scénario qui lui a été proposé.

c. Méthodes d'évaluation indirecte

Dans le cadre de la méthode dose-effet, on évalue monétairement la variation de la qualité ou de la quantité des actifs environnementaux en observant les conséquences physiques que ce changement entraîne. Cette méthode s’applique par exemple au réchauffement climatique.

Enfin, on peut estimer la valeur d’un actif naturel à partir du coût à supporter pour le remplacer par du capital artificiel. C’est la méthode des coûts de remplacement, qui s’applique en particulier aux ressources médicales traditionnelles, en s’appuyant sur le prix des médicaments.

Les limites générales de ces méthodes sont liées au choix technique d’évaluation économique, au choix des hypothèses d’application de ces techniques, au choix du taux d’actualisation, et au fait que l’évaluation des bénéfices est toujours partielle.

Par ailleurs, on peut souligner certaines limites culturelles : ce type d’approche est difficilement compatible avec des sociétés où les mécanismes marchands ne sont pas prédominants dans l’usage des ressources. De plus, il est difficile d’appréhender les interactions multiformes qui s’établissent entre les acteurs et leur milieu.

Dans le prochain article, j’évoquerai une étude publiée en 1997 visant à estimer la valeur des services rendus par l’ensemble des écosystèmes de la planète.

par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Ouvrez-vous
commentaires (0)    ajouter un commentaire créer un trackback recommander
Jeudi 5 juillet 2007

Une des « images-massues » employées contre les libéraux consiste à dire que le libéralisme, c’est « le renard libre dans le poulailler libre ». Autrement dit, que la liberté totale profite aux forts, au détriment des faibles. Cette image est fausse : le libéralisme prône la liberté d’agir tant que l’on ne porte pas atteinte aux droits des autres, notamment le droit de propriété. Ce renard n’aurait donc pas à rentrer dans un poulailler sur lequel il n’a aucun droit. La liberté n’est pas le droit de faire ce que l’on veut, puisque, les ressources étant limitées, cela conduirait nécessairement à exercer un droit au détriment des autres. Personne ne peut donc effectuer un quelconque échange avec un autre sans son consentement. Et, de la même manière, il ne peut attenter à ses jours. Plus généralement, l’exercice de la contrainte, non seulement privée, mais aussi celle exercée par l’Etat, est combattue par les libéraux.

D’ailleurs, ceux qui utilisent cette image du renard libre dans le poulailler libre oublient souvent un intervenant : le fermier. Lui garde les poules au chaud, il les nourrit, mais c’est pour mieux prendre leurs œufs, et les manger elles-mêmes, au final. Et les poules n’ont guère les moyens de se défendre contre cet échange forcé. Le parallèle est troublant avec un Etat qui, en échange d’une tranquillité apparente, prélève une bonne part de ce que chacun produit, et effectue un nouveau prélèvement sur ce qui reste au moment de la mort…

par Matthieu publié dans : Libéralisme communauté : L'Avis des Eclectiques
commentaires (5)    ajouter un commentaire créer un trackback recommander
Samedi 30 juin 2007

Sur quoi les limites morales sont-elles fondées ?

On peut se rendre compte assez facilement du fait que les limites de la morale ne sont pas démontrables. Prenons un exemple assez simple : « Il faut aider une personne qui est dans une grande misère, qui risque d'en mourir ». Cela paraîtra une évidence à certains d'entre vous, et sera sûrement déjà contestable pour d'autres, qui voudront au moins y ajouter des conditions. Je propose de réfléchir au pourquoi de cette affirmation, et de ces sentiments contradictoires – rationnels ou non.

Les adeptes de Kant avanceront probablement l'argument suivant : si l'on se plaçait dans la position de la personne en difficulté, on souhaiterait être aidé, et comme on se doit de faire ce que l'on attend des autres, il faut aider ; ou encore, tout le monde est-il prêt à accepter que l'on n'aide pas une personne en difficulté, cette façon d'agir peut-elle être publique ? Non ? Alors cette pratique n'est pas recevable. Allons donc un peu plus loin : pourquoi doit-on faire ce qu'on attend des autres ? Pourquoi nos comportements doivent-ils être acceptables par tous ?

Face à ces questions, je suis parvenu à la réponse suivante : pour permettre la vie ensemble, dans une certaine sérénité, grâce à la confiance. On pourrait s'arrêter là. Pourtant, n'est-on pas en droit de s'interroger sur cette vie ensemble, et surtout sur cette sérénité ? Elles permettent sûrement un épanouissement intellectuel, et une paix de l'âme, mais ne constituent-t-elles pas une contrainte pour qui voudrait se développer « autrement ». Finalement, elles ne relèvent pas de l'évidence ; ou en tout cas, pas pour tout le monde.

On arrive ainsi facilement à « Chacun ses idées », ce qui dérange, ou, au moins, me dérange, au fond, parce que cela met un terme à la discussion, cela empêche le débat. Alors on ne peut s'empêcher d'essayer encore de trouver, malgré tout, un critère intangible... qui peut en fait toujours être remis en question. Le bien de tous ? Est-ce que cela a du sens ? La sélection naturelle ? Comment prétendre la mettre en place correctement ? Et n'oublions pas que c'est une théorie, même si elle paraît tout à fait acceptable...

Difficile d’arriver à une véritable démonstration. A un moment ou à un autre, on en arrive à des convictions personnelles, issues de sa propre culture, de son éducation : c'est « chacun se débrouille » ou « on est tous sur le même bateau, il faut s'entre-aider ». Il s'agit d'une conviction profonde, et très difficile à changer. Mais pourquoi chercher à la changer ? On peut vouloir faire adopter ses propres principes par les autres, on peut chercher à convaincre. Mais cette adoption ne doit pas se faire par la contrainte, physique ou légale.

par Matthieu publié dans : Philosophie communauté : La commune des philosophes
commentaires (3)    ajouter un commentaire créer un trackback recommander
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus