La biodiversité n’est pas toujours dotée de prix, ce qui conduit les individus à agir par rapport à elle comme si elle était sans valeur. En conséquence, certaines décisions prises ont un impact négatif imprévu sur le bien-être collectif, ou une mauvaise allocation en résulte (destructions ou préventions inutiles de biodiversité).
La nécessité de donner un prix à la biodiversité apparaît donc si l’on souhaite corriger cette éventuelle défaillance du marché en utilisant les mécanismes du marché, par des taxes, par la négociation directe, ou par d’autres moyens. Elle peut aussi être utile à chacun pour évaluer correctement le bien-être apporté par la biodiversité, ou à la Justice pour trancher des conflits autour de cette question.
Je vous propose donc d’étudier les différents types de valeurs que peut revêtir la biodiversité, et de considérer les différentes méthodes qui permettent d’en donner une évaluation monétaire.
Cet article est le premier d’une série de cinq.
Partie I : Les différents types de valeurs de la biodiversité (1/2)
Dans la théorie néoclassique, la valeur économique des biens et services se base sur l’utilité, le bien-être qu’ils procurent aux individus. On peut décomposer la valeur économique totale d’un actif naturel en différentes composantes.
A. Les valeurs d'usage direct
Les valeurs d’usage direct sont celles des produits extraits du milieu naturel.
On peut citer la production de denrées alimentaires, de bois de feu, de racines, de fruits, d’écorces, de fibres et de résines divers. A ces éléments s’ajoute l’usage de la biodiversité comme pool de ressources génétiques ; elle constitue ainsi une matière première pour les industries pharmaceutique et agro-alimentaire, en particulier. Enfin, un paysage peut constituer un cadre à des activités de loisir (le tourisme, tout spécialement), et a donc aussi une valeur d’usage direct.
B. Les valeurs d'usage indirect
Les valeurs d’usage indirect renvoient aux services fournis par le milieu naturel, aux fonctions écologiques assurées.
Ces services sont, principalement, l’absorption des déchets, la protection des sols, le filtrage de l’eau. On peut ajouter le rôle joué par la biodiversité dans les grands équilibres de la biosphère.
C. La valeur d'option
La valeur d’option reflète une valeur future incertaine de l’actif. Les usages futurs étant incertains, la valeur d’option correspond à la prime de risque payée pour se garantir un plus grand choix de consommation à l’avenir. Il est à noter que cette valeur peut être positive ou négative : la valeur d’option est la différence entre l’évaluation ex ante de la variation future du bien-être (aussi appelée prix d’option) avec l’évaluation ex post (espérance mathématique). Elle est difficile à évaluer étant donné que les agents ne peuvent exprimer que des prix d’option.
Ainsi, en 1964, B. Weisbrod s’appuie sur l’exemple de la création d’un parc naturel : « Il y a des individus qui anticipent d’acheter le bien (de visiter le parc) dans l’avenir mais qui ne l’achèteront pas (qui ne le visiteront pas). Cependant, ils se comportent de façon économiquement rationnelle en acceptant de payer un certain prix pour l’option de consommer le bien dans l’avenir. »
Dans le prochain article, je présenterai la valeur de quasi-option, les valeurs d’usage et les valeurs intrinsèques.
Retrouvez le texte en une page sur Knol : Valeur monétaire de la Biodiversité.
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