Mercredi 4 avril 2007, alors que, sur proposition de François Bayrou, Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen se disent prêt à un débat face aux blogueurs sur Internet, Nicolas Sarkozy s’est prononcé contre, avec une bien piètre excuse : "Nous sommes à un peu plus de 15 jours du premier tour. Je crois qu'il faut laisser les Français choisir les deux candidats qui seront sélectionnés pour le second et qu'à ce moment-là il y aura des débats" (propos rapportés par l’agence Reuters). Les Français étaient donc sensés choisir ces deux candidats sans débat ? Drôle de vision de la démocratie.
C’est encore plus inquiétant lorsque l’on met ces propos en parallèle avec ceux de Jean-Pierre Raffarin, lors d’un débat avec François Hollande au théâtre du Rond-Point, dimanche 1er avril : il s’oppose à la proportionnelle à l’Assemblée Nationale, pour conserver le fait majoritaire, de manière artificielle, mais affirme que pour faire passer une réforme, il faut avoir des partenaires dans la société civile – par exemple, des syndicats – parce que le pouvoir politique n’a pas la légitimité nécessaire. En d’autres termes : non à une assemblée représentative de l’opinion des Français ; plutôt donner l’impression que l’on négocie, avec des associations qui ne sont pas non plus représentatives, puisqu’elles ne sont pas élues par l’ensemble de la population.
Drôle de conception de la démocratie, donc. Deux partis, pas plus, tant pis s’ils ne sont pas représentatifs ; il est donc inutile de débattre avant le premier tour. Et ensuite, on s’arrange comme on peut, pour essayer de faire passer des réformes, même si la population n’en veut pas, en trouvant des appuis non pas auprès d’autres partis représentant d’autres Français, mais auprès de divers groupements d’intérêts.
Bonjour Geoffroy. Merci beaucoup pour tes remarques.
Plusieurs propositions avaient été faites pour l’organisation d’un débat à 12 (exemples sur http://debat.agoravox.fr/) : trois tables de quatre candidats, ou une série de 66 duels (11 pour chaque candidat), entre autres. L’argument de l’impossibilité est un alibi. Nicolas Sarkozy est d’ailleurs le seul à l’avoir utilisé. Evidemment, cela n’aurait pas été aussi « beau » que le débat du 2 mai, mais l’un n’empêchait absolument pas l’autre.
Je suis totalement d’accord avec toi concernant les syndicats. C’est pourquoi je suis favorable à la suppression du monopole de représentativité des cinq confédérations syndicales, entre autres. Cela rendra plus facile la création de nouveaux syndicats, plus représentatifs des salariés. A ce sujet, je me sens très proche des propositions de Liberté Chérie. J’écrirai probablement un article sur le sujet. Mais en l’absence de réforme, les syndicats ne sont pas des partenaires qui peuvent légitimer une réforme.
Concernant la proportionnelle, je détaille dans un autre article, auquel tu as fait un commentaire. J’y répondrai.
L’idée des 66 débats tirait profit des avantages d’internet : chacun aurait pu sélectionner le débat qu’il souhaitait regarder (l’idée était de les faire durer 10 à 15 minutes chacun). Si un électeur d’extrême-gauche hésitait entre Olivier Besancenot et Arlette Laguillier, je ne vois pas pourquoi lui refuser ce débat.
La surreprésentation de l’extrême-gauche posait problème. Mais ce sont les élus de France qui en ont décidé ainsi, conformément à la règle des 500 parrainages… Le message n’aurait pas été plus brouillé que dans l’ensemble de la campagne. Enfin, c’est là que l’on voit les limites de la règle fixant l’égalité des temps de parole : était-il bien juste que la moitié du temps soit accordé à 6 candidats représentant 10 à 15 % des Français… ? Pour les spots officiels, oui, mais pour le contenu éditorial, je n’en suis pas sûr.
Schivardi, connu ? Bové, homme politique… ? Enfin, ce sont des détails : je comprends ce que tu veux dire. J’ai juste été déçu de voir qu’au final, ce système a conduit à l’absence de candidat défendant mes valeurs dans cette élection : on a eu une diversité des personnes, pas forcément des idées.
C’est risqué : cela revient à diminuer la diversité des idées présentées à l’ensemble du peuple, à réserver le débat de fond aux « initiés ». Or l’ensemble des citoyens a besoin d’un débat le plus large possible pour faire un choix réfléchi. C’est ce qui me conduit à défendre la nécessité d’un parti libéral, par exemple. En tout cas, il faudrait au moins que tous puissent voter, donc que l’on ouvre ce vote aux sympathisants. Mais l’idée ne me séduit pas vraiment.
Cependant, il faut effectivement souligner que l’élection présidentielle n’est pas adaptée à un débat large : cette élection d’une personne privilégie par nature le rassemblement d’idées diverses et le compromis, et fait entrer en jeu des questions de personnalité. C’est normal. Le véritable débat d’idées doit avoir lieu aux législatives. Pour que cela soit possible, il faut que ces élections n’aient pas lieu juste après la présidentielle, et qu’elles se fassent à la proportionnelle.
Mais la question est « comment limiter ? ». Quelles formations auront le droit de présenter un candidat ?
En tout cas, content que nous nous rejoignions sur les législatives… Comme je l’expliquais dans cet article, je trouverais plus intéressant de désigner le président en connaissant la composition de l’Assemblée, plutôt que l’inverse. Mais l’idéal resterait selon moi de vraiment distinguer les deux, comme aux Etats-Unis (on aurait les élections législatives 2 ans et demi après la présidentielle), ou comme lorsque le mandat présidentiel était de 7 ans (les deux scrutins étant décorrélés ; j’ajouterais l’impossibilité de dissoudre l’Assemblée pour le Président, et l’impossibilité de renverser le Gouvernement pour l’Assemblée, afin de vraiment séparer les pouvoirs).
Avec tous nos candidats et nos blogueurs, nous allons bien finir par convaincre les Français!
Merci Sabine !
N’oublie pas les militants sur le terrain, qui sont aussi essentiels pour créer le lien avec les Français. Toutes ces catégories se recoupent, évidemment.