Dimanche 15 avril, gare de l'Est, en fin d'après-midi. Un groupe de jeunes filles et de jeunes gens, pas tous blancs de peau (vous verrez, c'est important), sont assis à la limite entre l'intérieur et l'extérieur de la gare. L'un d'eux allume une cigarette. Des policiers, passant par là, indiquent qu'il est interdit de fumer.
Jusque là, rien de vraiment "anormal". Quelques uns des amis en présence font alors remarquer qu'ils sont à la limite de la gare, que l'espace est aéré, et, en un mot, qu'ils ne comprennent pas cette interdiction. C'est normal, on est en France, on discute de tout.
L'argument tombe : « Vous savez que c'est 68 € d'amande ? ». Je crois que ce n'était pas le genre de justification attendu.
Bref, la tension monte, un des jeunes gens présents s'emporte un peu. Il emploie des termes mal choisis, du registre familier, mais reste poli : « c'est bon, pourquoi vous êtes
agressifs tout de suite ? ».
C'est là qu’arrive ma première surprise : « Vous voulez nous suivre au poste ? ».
Réactions, normales à mon sens : « Vous allez quand même pas nous emmener au poste pour ça ? ».
Et là, stupéfaction :
« Vous avez vos papiers ? »...
S'en suit une fouille au corps palpation de celui qui a le plus réagi, mains plaquées contre le mur. C'est clair qu'il avait tout d'un
criminel - que dis-je ? - d'un terroriste en puissance. Il était donc bien nécessaire d'en passer par là...
J'ai hésité à intervenir, mais pour faire quoi ? Que pouvais-je face aux agents de l'ordre public ? Lâchement, j'ai regardé la scène, indigné. Puis je suis allé vers les quais : il ne s'agissait pas de rater le train. Je ne sais pas si, finalement, certains ont été emmenés au poste.
À ce moment, tout s'éclaire pour moi : police de quartier, fin des contrôles d'identité sans ordre spécifique, tout cela devient évident. On n'y pense pas quand on voit les choses de loin. Cela saute aux yeux si on regarde de plus près.
Des policiers qui viennent du lieu où ils travaillent, dans le cadre d’une police de quartier, comprendraient naturellement que cette façon de parler n'est pas une agression, que c'est juste l'habitude locale. Cela ne les empêchera pas de rappeler le respect qui lui est dû, mais sans perdre leur calme.
Quant aux contrôles d'identité, ils permettent sûrement d'arrêter quelques clandestins, mais est-on prêt, dans cet unique but, à donner l'impression à une partie de nos compatriotes, qui se fait contrôler parfois plusieurs fois par jour, qu'ils ne sont pas ici chez eux ? Je ne m'en rendais pas compte : je n'ai jamais été contrôlé. Pourquoi, à votre avis ? Sans compter, dans le cas dont j'ai été témoin, qu'il s'agissait plutôt, me semble-t-il, d'intimider que de contrôler.
C'est ainsi que j'ai interprété cette scène, qui m'a profondément choqué, ainsi que les amis avec qui j'étais. Peut-être avez-vous un autre point de vue sur de tels événements. Dans ce cas, évidemment, et comme sur tous les sujets, je serais heureux de vous lire et de pouvoir échanger avec vous.
Je suis en désaccord avec l’idée selon laquelle, en l’absence de peur du policier, l’anarchie gagnerait. Je ne crois pas qu’utiliser la peur soit une méthode permettant la construction d’une société de confiance. D’autant plus qu’elle permet d’introduire largement de l’arbitraire dans l’application de la loi. Au contraire, je pense que c’est
La police doit utiliser des moyens proportionnés pour faire appliquer la loi. Dans l’exemple que je citais, j’ai trouvé que la fouille au corps n’était pas nécessaire. Mais, encore une fois, si le but était de l’amener au poste, cette fouille était peut-être justifiée – je conteste en revanche que le fait de l’amener au poste l’était. Je suis un peu déçu de ne pas avoir pu assister à la scène jusqu’au bout : cela aurait permis de lever certaines ambigüités.
Je suis d’accord avec ce que tu dis sur
Par ailleurs, oui, je voulais dire palpation. Merci pour cette correction de vocabulaire, je ne connaissais pas la différence. Je corrige dans l’article.
Enfin, réponse à ta dernière question : il avait ses papiers.
« Ceux qui sont honnêtes n’ont rien à craindre » : malheureusement, parce que le droit est complexe, tout le monde peut être touché. De plus, si l’on garde l’exemple du contrôle fiscal : même si tout est en ordre, le fait de devoir ressortir l’ensemble des justificatifs, passer du temps à expliquer, convaincre que si l’on s’est trompé c’était de bonne foi, représente un désagrément qui peut déjà être utilisé par des individus mal intentionnés…
Le problème est que ce n’est pas réaliste. Tout le monde n’a pas des convictions très affirmées, très ancrées. Certains seront donc sensibles aux pressions. Et ce sont ces effets à la marge qui sont importants.
En France on discute de tout, mais en même temps, un policier nest pas là pour discuter de pourquoi cette loi (surtout quil préfère soccuper des problèmes plus important, vols, agressions, etc.), mais de la faire respecter. Cest plutôt au gouvernement et aux ministères (et aux partis ) de la faire comprendre
Un policier te dit (je préfère tutoyer ) : « Vous savez que c'est 68 d'amande ? ». Tu vois quil est pas disposer à faire la causette (en clair que cest pas son jour ou que cest un con), tu polémiques ou tu texécutes ? Traduction, tu respectes la loi ou tu te rebelles ?
Puis le contrôle des papiers En cas dintervention, la règle ce nest pas de contrôler les papiers ? Quand tu fais un excès de vitesse et que tu te fais arrêter que demandent tils ? Il ne faut pas voir toujours le racisme et lautoritarisme partout Je ne connais pas les procédures policières, mais pour moi, cest la première à appliquer en cas dinfraction Avant de verbaliser (oui, cétait un gros con ). Tu crois quils demandent les papiers en cas de contrôle seulement pour vérifier que tu es français ? Ce nest pas un peu caricatural ?
Pourquoi tu nas jamais été contrôlé ? Parce que tu nas jamais commis de délit ou tu nétais pas lors de recherche de clandestins (je nai pas dit quil ny en avait pas )
Quand à lintimidation, cest une technique policière qui a fait ses preuves. Doit-elle être cependant utilisé ? Cest à débattre
Ma réaction aurait été celle que tu cites au début : « Excusez-moi, je me décale ». De même face au « Vous savez que c’est 68 € d’amande ? ». Mais ce qui m’a choqué, c’est la démesure (à mon sens) de la réaction des policiers.
Sur la demande des papiers, ta remarque me convainc presque. En effet, s’il y a infraction, il est logique de demander les papiers (j’aborde dans un autre article la multiplication des règlementations, qui multiplient les occasions). Dans mon raisonnement, j’avais d’une certaine façon exclu l’idée d’une verbalisation. Alors qu’en fait, tu as raison, il ne s’agissait pas ici d’un « contrôle aléatoire ». Le problème réside dans le fait que celui à qui les papiers ont été demandés n’était pas le fumeur. Mais on peut avancer l’idée qu’il faisait obstacle à l’application de la loi par les forces de l’ordre.
Concernant l’intimidation, je pense aussi que c’est à débattre. J’aimerais avoir plus d’éléments pour préciser mon avis : quelle efficacité ? est-ce que ça vaut la peine ? En tout cas, j’ai bien l’impression que les effets négatifs sont bien réels. Et sur le principe, cette pratique me gène.