« Nous vous rappelons qu’il est interdit de fumer dans l’enceinte de la gare », « Nous vous rappelons que l’étiquetage des bagages est obligatoire », « Veuillez respecter les consignes de sécurité »… Bien sûr, c’est pour notre bien. Bien sûr, cela limite le risque d’accidents, de morts anticipées. Mais cela nuit aussi à notre liberté si l’on n’a pas la possibilité de ne pas respecter la règle proposée, si elle nous est imposée par une organisation monopolistique, qui utilise la contrainte plutôt que le contrat.
Combien de temps perdu dans les contrôles avant d’entrer dans l’avion, comparé au temps de vie gagné par ceux qui ont échappé, par ce moyen, à un détournement d’avion ou à un crash ? En d’autres termes, est-ce que ça en vaut la peine, au moins ?
D’ailleurs, ça gène qui si je ne mets pas ma ceinture de sécurité au volant ? J’ai conscience que c’est pour moi une précaution utile : je juge que cela vaut la peine. Mais si d’autres ont une opinion différente, en quoi gênent-ils les autres s’ils choisissent de prendre ce risque ?
Pour la cigarette, l’approche est différente. C’est un confort dont on prive les fumeurs. Mais laisser la liberté aux établissements d’être fumeurs ou non, quitte à ce que les salariés de ces établissements négocient alors des conditions de travail particulières, était-ce si difficile ? Aux citoyens de se prendre en main ! Certaines associations de lutte contre le tabagisme passif ont entrepris un travail de listage des établissements non fumeurs. Libre à chacun de les choisir : face au succès remporté, d’autres établissements auraient suivi. Pourquoi attendre du Gouvernement qu’il choisisse à notre place ?
Parce que le problème est bien là. La plupart du temps, sur chaque question soulevée, une majorité se dégage en faveur de l’interdiction. Et la minorité subit : les fumeurs n’ont qu’à aller fumer dehors – comme des pestiférés… Personnellement non fumeur, devrais-je rentrer dans le rang, puisque, dans la pratique, cela m’arrange ? Devrais-je applaudir cette mesure de santé publique ? Eh bien non, ce type de mesure me révolte. Parce que petit à petit, c’est notre liberté au quotidien qui diminue. A force de règlements, de lois, de décrets. Et un jour, on se retrouve dans la minorité, et on comprend. Pour que chacun reprenne sa vie en main, il faut qu’il cesse d’accepter que l’on fasse les choses à sa place. Chacun peut avoir une influence sur l’évolution de la société, par ses petits choix quotidiens. Il faut les faire en en ayant conscience !
Ma révolte naît aussi de la conviction que pour éviter d’en arriver au despotisme de la majorité, la démocratie doit prêter une attention toute particulière à ce que les droits des minorités soient respectés. C’est tellement facile de s’appuyer sur une écrasante majorité pour spolier les autres.
Plus globalement, et au-delà de l’exemple de la lutte contre le tabagisme passif, il faut bien se rendre compte qu’un certain nombre de mesures qui visent à assurer notre sécurité réduisent fortement notre liberté. A chaque fois, il est essentiel de bien se poser la question de l’équilibre entre les deux : suis-je prêt à abandonner cette part de liberté pour réduire ce risque ? Chacun aura sa réponse. Et c’est bien pour cela qu’il est toujours préférable, quand c’est possible, d’envisager des solutions alternatives, qui respectent les choix des minoritaires. En tout cas, efforçons-nous toujours de laisser des portes ouvertes : c’est par là qu’arriveront les solutions futures, qui offriront un meilleur rapport sécurité / perte de liberté.
Quand tu dis « c’est nous qui devons payer pour les frais de secours ou en cas de crash » : le « nous » veut dire « les contribuables », et non les accidentés, j’imagine. C’est donc encore un cas de déresponsabilisation, par la collectivisation : pour moi, ce devrait être soit la compagnie, soit les accidentés (il faut déterminer à l’avance, au moment de l’achat du billet, qui portera le risque). Les coûts pourraient être énormes ? En effet. Mais les faire prendre en charge par l’Etat ne les fait pas disparaître. Les assurances peuvent très bien jouer le même rôle, avec comme avantage la clarté de la répartition de la responsabilité. De plus, ce seront ceux qui voyagent en avion qui payeront, et non l’ensemble de la population : c’est quand même plus juste, non ?
« Tout le monde » n’était pas content du plan Vigipirate. A l’époque, je me souviens de voix s’élevant contre des mesures « sécuritaires » prenant le terrorisme comme prétexte. Je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet, ne le connaissant pas assez, mais je rejette l’idée que l’on puisse considérer le peuple comme un tout, même à cet instant. De même, « tout le monde » ne s’est pas passionné pour la Coupe du Monde de football, même si c’est le cas d’une grande majorité.
Sur le port de la ceinture de sécurité, nous sommes d’accord.
Je ne crois pas que ce soit à un pouvoir central de décider du pourcentage d’établissements fumeurs. C’est aux clients de choisir. Le problème est que ceux-ci ont tendance à subir. Il faut qu’ils prennent conscience de leur pouvoir.
Je me doute qu’il faut que l’huissier constate que les voisins fument pour qu’ils soient inquiétés. Il faut le faire venir à un moment où l’on est particulièrement enfumé. L’hôtel ne peut se retourner contre un client qui ne respecte pas le caractère non-fumeur de la chambre ? En tout cas, je ne connaissais pas la situation dans les prisons ; si ce que tu dis est vrai, je trouve cela scandaleux.
Sur l’aspect technique, il doit pouvoir être possible de rendre un espace hermétique (comment fait-on pour les nouveaux espaces fumeurs ?). On peut aussi penser à un extracteur de fumée…
Le principe écologique = économique n’est pas pertinent, puisqu’il reviendrait à nier le coût des mesures écologiques, sans considérer le coût de leur non-application.
Sur la démocratie enfin, tout dépend de ce que l’on appelle justice… Quel est le taux de redistribution ? Est-ce bien différent de l’exemple que je donnais ? Oui, je sais, on a développé de nombreux arguments pour justifier cette appropriation de la richesse produite par autrui, mais…
Si l’on garde l’exemple des lieux fumeurs et non-fumeurs, il suffit aux clients de ne fréquenter que les lieux non-fumeurs. Comme tu le vois, ils ont un pouvoir d’action direct sur leur environnement. Le problème se pose différemment pour les lieux monopolistiques (comme les gares). Mais tu sais ce que je pense des monopoles. ;-)
Concernant les prisons, en revanche, c’est clairement du ressort de l’État (aujourd’hui, au moins). C’est pourquoi je trouvais cette situation scandaleuse. Note que je trouverais aussi scandaleux que l’on interdise à tous les détenus de fumer.
Concernant l’écologie, il faut avoir conscience que si elle coûte cher, cela signifie que produire ce type de produits demande des compensations importantes pour ceux qui interviennent dans la chaîne. Il n’y a pas de raison de privilégier ces procédés à tout prix. Pour reprendre ton exemple : laissons le cours du pétrole évoluer, et, naturellement, des procédés nécessitant moins de cette matière précieuse deviendront rentables lorsque le cours montera. Attention, il convient que les responsables de la pollution potentielle due au pétrole soient clairement identifiés, pour qu’ils en supportent le coût.
Nous pourrons discuter de la justice des mesures de Nicolas Sarkozy au cours des prochains mois, sur des cas concrets. ;-)
Je suis daccord quun contrat serait lidéal On a eu la loi Evin. La tu vu respectée ? Il aura fallu attendre 14 ans et une nouvelle loi pour que les fumeurs prennent conscience de la gène occasionnée
Tu parles du temps perdu dans les contrôles avant dembarquer. Ayant pris lavion plus dune fois, je te le confirme. Cest insupportable ! Mais en même temps, cest qui qui veut cette sécurité, sinon nous même ? Il y a quelques années, une étude montrait que géré ses avions de façon je men foutiste avec des pièces contrefaits était plus rentable, même en cas de crach Qui voudrait voyagé dans les charter présent sur la liste noir des compagnies les plus dangereuses ? La sécurité a un coût. Ce nest pas les politiques qui la veut, cest le peuple (on le voit a chaque crach) !
Tu te demandes qui ça gène de ne pas mettre sa ceinture en voiture ? Hormis le risque dun sur-accident possible (dans la mesure ou tu seras sûrement projeter en dehors de la voiture), tu fais courir des risques (physique mais aussi civil et pénal au cas ou tu décèdes lorsquil tentait de te sauver et que ta famille se retourne contre eux ) aux personnes qui viendront pour te secourir. Mais ceux qui sont le plus gêné, cest, encore une fois, la majorité des français qui sont choqué par le nombre de mort sur la route
Concernant la cigarette, tu parles de confort des fumeurs, tu parles de leur liberté Tu oublies la liberté des non-fumeurs. Comme le dit un proverbe (que japprécie). Ta liberté sarrête quand tu prives la liberté de quelquun dautres Il y a eu un contrat, la loi Evin. Les fumeurs nont jamais voulus jouer le jeu, signer ce contrat Il a du être changé pour que la liberté des non-fumeurs soit enfin respectée !
Je te donne un exemple que la loi na pas encore résolu. Cest une dame avec enfant qui vit au dessus dune collocation. Ces personnes qui vivent en dessous sont des gros fumeurs Enfumant complètement son appartement. La voix amiable na rien donné. Les colocataires se sentant dans leur droit se moquant de la gène occasionner et des conséquences sur la santé des enfants (risque de développer de lasthme, etc.). Que faire quand on est dans un cas ou la courtoisie nest plus (et na jamais été) de rigueur ? Attendre quune loi, dans 14 ans, vienne enfin à son secours ?
« Mais laisser la liberté aux établissements dêtre fumeurs ou non », supposons quun établissement veut être fumeurs, quels seront les « conditions de travail particulières » des salariés ? La démission ? Le licenciement ?
La minorité doit-il subir ce que décide la majorité ? Hélas oui, cest comme cela que fonctionne la démocratie. Est-ce pour autant que la majorité doit tout imposer sans négocier, sans proposer des consensus ? Non. Mais que faire quand le consensus naboutit pas et que la majorité subit le dictat dune minorité ???
Tu parles de liberté restreint, que penses tu de la liberté de polluer ? Si jai envie de rouler dans un 4*4, polluer à outrance, ne rien recycler, gaspiller. Cest mon droit. Pourtant, rouler dans un 4*4 mest pas encore interdit, mais je dois payer plus. Et dans certaines villes, ne pas recycler peut conduire à des amendes Ces mesures écologiques qui vont se renforcer encore plus dans lavenir sont elle aussi liberticides Mais cest pour le bien de tous Et cest tant mieux !
Merci beaucoup pour tout cet apport.
Concernant les contrôles liés au transport aérien, je n’ai pas dit qu’ils étaient inutiles. Je propose juste de ne pas les rendre obligatoires. Peut-être qu’aucune compagnie ne prendrait le risque de s’en passer. Peut-être que certaines feraient moins de contrôles mais assureraient une indemnisation des familles en cas de problème. Peut-être que de nouveaux systèmes apparaîtraient, et c'est ce que je veux dire dans mon dernier paragraphe : de nouvelles solutions, répondant mieux aux besoins, peuvent apparaître si on laisse faire. En tout cas, chacun resterait libre de choisir la sécurité s’il le souhaite. Si nous considérons que cela vaut le peine, si, comme tu le dis, nous souhaitons cette sécurité, les compagnies aériennes auront tout intérêt à la proposer. Et personne n’obligera quiconque à voyager avec une compagnie identifiée comme dangereuse ; une labellisation pourrait d’ailleurs se développer pour identifier les compagnies respectant certains critères. D’ailleurs, je dois nuancer le propos que j’ai tenu dans l’article : finalement, on s’habitue à ces contrôles, et l’énervement n’apparaît que lorsqu’il y a embouteillage. Mais si on laisse la liberté, et que 5% des voyageurs sont prêts à prendre des risques pour gagner du temps, ou de l’argent, ils pourront aussi le faire, puisqu’une offre adaptée devrait se développer. Tu dis que « le peuple » veut la sécurité : « le peuple » est une fiction, ce sont les individus qui le composent qui importent, et tous n’ont pas la même vision des choses.
Sur le port de la ceinture de sécurité, je ne suis pas sûr de comprendre tes arguments. Si tu n’as pas mis ta ceinture, tu en es responsable, pas ceux qui viennent te secourir ; ce doit être pris en compte dans le jugement. Le risque généré pour les secouristes pose la question de qui doit assumer le coût de l’intervention ; pour moi, c’est le rôle de l’assurance. Le sur-accident me semble assez improbable ; mais il est clair que le non-port de la ceinture induit un risque de dommages plus importants : on peut envisager que les compagnies d’assurance proposent des contrats moins chers à ceux qui s’engageraient à porter la ceinture de sécurité. Le fait que la majorité des Français s’émeuve devant le nombre de morts sur les routes ne justifie absolument pas d’interdire à chacun de prendre des risques pour lui-même : il suffit de prendre conscience que ces morts sont liés à des risques pris, choisis. A chacun de prendre la responsabilité de sa propre sécurité.
Tout à fait d’accord avec « Ta liberté s’arrête quand tu prives la liberté de quelqu’un d’autres ». D’où la nécessité d’un consentement. Les non-fumeurs exercent leur liberté lorsqu’ils choisissent des lieux non-fumeurs : de cette manière, ils font pression sur les propriétaires d’établissements accueillant du public. Ce n’est pas les rendre plus libres que d’interdire de fumer dans tous ces lieux : sans parler des fumeurs, et si les non-fumeurs appréciaient l’ambiance ainsi créée ? Ce n’est pas mon cas, mais je ne vois pas pourquoi supprimer cette possibilité.
La loi Evin n’est pas un contrat, c’est une loi. Un contrat implique le consentement de tous les intervenants. Si je me rends dans un établissement annoncé comme « fumeur », j’accepte de respirer la fumée des autres ; si un fumeur s’installe dans une zone « non-fumeur », il accepte de ne pas fumer à cet endroit.
Concernant l’exemple que tu donnes, il pousse effectivement plus loin la même logique : l’Etat viendrait dicter le comportement des gens chez eux, toujours sous prétexte de protéger les autres. Dans ce cas, le problème peut pourtant être levé par les instances de la copropriété, ou encore donner lieu à un procès, puisqu’on peut considérer que ces voisins dégradent un espace qui n’est pas le leur, et qu’on ne les a pas autorisés de dégrader de cette manière. On peut aussi envisager d’installer des protections, éventuellement aux frais de « pollueurs », afin de leur éviter un procès.
Quant aux salariés, ils peuvent négocier une indemnisation face au risque pris, ou des temps de repos plus importants…
La pollution, enfin : je suis pour l’application stricte du principe « pollueur = payeur ». Ce principe se base sur le droit de propriété, et la responsabilité. Si je te nuis, tu dois pouvoir exiger de moi un dédommagement : le 4*4 doit payer plus pour l’espace qu’il occupe, et la pollution qu’il produit, en proportion des dommages qu’il cause ; celui qui ne recycle pas doit payer pour la prise en charge des déchets qu’il génère ; celui qui gaspille assume les coûts qui y sont liés. Ni plus, ni moins. En revanche, les réglementations générales et collectivistes peuvent s’avérer contre-productives, car elles déresponsabilisent, elles ne permettent pas d’avoir conscience de tout ce à quoi l’on renonce, et elles sont dangereuses, parce qu’elles utilisent un argument populaire pour s’immiscer dans nos choix quotidiens.
Concernant les rapports entre la majorité et la minorité, c'est le défaut fondamental de la démocratie : si, dans un village de 100 personnes, 55 décident que les 45 autres doivent travailler pour tous, cela ne rend pas cette proposition acceptable.