Après cette période de concentration des élections nationales, nous allons très probablement assister à l’apparition de différents "pôles", bien visibles, à l'intérieur des grands partis. Parmi ces pôles, notamment dans l'UMP et dans le Mouvement Démocrate, on trouvera probablement des pôles libéraux. Mais c'est un piège.
Souvenez-vous de 2002 : suite à l’élection présidentielle, les libéraux de Démocratie Libérale décident de fondre leur parti dans l’UMP. Dans une logique de rassemblement, d’unité, et d’efficacité électorale. Dans l’espoir de peser sur les mesures et les réformes, aussi. Les « Réformateurs », groupe à l’intérieur de l’UMP qui regroupe certains de ces libéraux, et quelques autres, se font entendre, interviennent au sujet de la réforme des retraites… A cette époque, je m’y reconnais, je me sens représenté. Je me dis aussi que l’on peut peser à l’intérieur du parti, et qu’il est plus simple pour les électeurs de n’avoir à choisir qu’entre deux options.
Cependant, en pratique, pas d’indépendance réelle. Un pouvoir d’influence, peut-être. Mais les Réformateurs ont-ils eu un vote différent du vote du groupe UMP sur une loi ? Je ne le crois pas. En conséquence, pour ceux qui ne suivent pas la politique de près, ils n’étaient pas très visibles.
Puis, les années sont passées. Et petit à petit, les Réformateurs se sont faits encore plus discrets. Leur site Internet s’est fait de moins en moins dynamique… Et dans la campagne, vous les avez entendus ? Ils n’ont pas parlé bien fort, en tout cas. Forcément, avec un candidat qui cherche à éviter d’être vu comme un libéral…
Au final, les idées libérales ont été absentes du débat.
Or, comment ai-je découvert le libéralisme ? Qu'est-ce qui m'a permis de me rendre compte que c'était le courant d'idées qui correspondait à mes valeurs ? C'est la candidature d'Alain Madelin à l'élection présidentielle de 2002. En l'absence de parti libéral, je serais probablement resté dans le flou bien plus longtemps. Les libéraux doivent donc, pour diffuser leurs idées, aller directement à la rencontre des citoyens, plutôt que de constituer un sous-groupe dans un parti ayant d'autres objectifs.
Et il y a un deuxième argument, au moins aussi important. Le besoin de confronter la théorie à la réalité, et aux opinions des citoyens. Le libéralisme, s’il veut être appliqué un jour, a besoin d’entrer en contact avec la population afin de se décliner pratiquement en fonction de l’état du pays et de l’opinion des citoyens. Pour savoir par où commencer et comment s’y prendre. Il ne s’agit pas de remettre en question les fondamentaux théoriques. Ils ne sont pas à « adapter », mais à décliner. La question est : comment fait-on pour aller vers l’application du libéralisme ? Et cela passe par : comment fait-on pour que les citoyens aient envie de libéralisme ? Cela n’est possible qu’en présentant directement les idées libérales.
Le libéralisme, lorsqu'il est défendu à l'intérieur d'un parti qui n'est pas libéral, ne peut aller authentiquement à la rencontre de la population. Or c'est la population qui a le plus intérêt au libéralisme, pas ceux qui sont installés dans les appareils des partis. Si ceux-ci ne sont pas libéraux, ils constituent un filtre, qui amoindrit la force de conviction libérale.
D’ailleurs, par nature, si un parti n’est pas libéral, les libéraux qui sont en son sein ne peuvent qu’être « utilisés » pour poursuivre un autre but. On sélectionne alors certaines idées libérales pour leur efficacité à servir ce but, sans considérer les principes fondateurs du libéralisme, qui méritent pourtant d’être connus pour comprendre le sens et la cohérence de ces idées, et pour éviter de répandre une image purement utilitariste du libéralisme.
A cela s’ajoute le fait que les libéraux s’engagent moins facilement en politique, parce qu’ils estiment que ce n’est pas là que doit s’exercer le pouvoir, et parce que quand il le font, c’est dans le but de diminuer leur pouvoir une fois élus, pour le rendre à chaque membre de la population. A ce sujet, j’ai d’ailleurs été interpellé par le début du livre « Témoignage » de Nicolas Sarkozy : il dit s’être engagé en politique en raison de son envie d’agir. Eh bien pour moi, l’action, c’est dans la société civile, dans le milieu associatif ou dans l’entreprise qu’elle doit se situer, c’est-à-dire là où elle peut être refusée par ceux qui en subissent les conséquences, et où l’on est entièrement responsable de ses actes. Ceux qui ont des convictions libérales sont donc sous-représentés parmi les militants politiques, et encore plus parmi les cadres des partis. En conséquence, si le poids du libéralisme dans un parti est déterminé en fonction du nombre de militants libéraux, ceux-ci partiront toujours avec un handicap. C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir un parti exclusivement libéral, qui rencontre directement la population.
Pourquoi ne pas parler trop fort du libéralisme ? Parce que cest un mot qui fait encore peur Et pour gagner les élections, mieux vaut ne pas trop faire peur ;
Concernant lengagement politique de Nicolas Sarkozy pour agir pour la France. A lheure actuelle, les politiques ont un grand pouvoir de contrôles et de décisions sur la vie des entreprises, des salariés et des français en général. Si lon veut agir et que lon monte sa société ou son association, on est sous la rigide réglementation française. Et comment faire pour en sortir, sinon en réformant cette réglementation ?
Je préfère l’union de partis indépendants, ce qui est bien plus lisible pour tous. Cette indépendance n’est pas envisageable sans proportionnelle, car avec le scrutin actuel, les partis sont interdépendants au moment des élections, ce qui implique des négociations d’appareil, au lieu de laisser la parole aux citoyens.
Oui, le libéralisme fait peur. Et il continuera à faire peur si personne n’a le courage de le revendiquer et de le défendre. Si tout le monde se défend d’être libéral, comment quelqu’un qui ne connaît pas cette philosophie pourrait avoir envie de s’y intéresser ?
Je suis d’accord avec ton diagnostic sur la réglementation. D’ailleurs, ce n’est pas changer les règles qui est nécessaire, c’est les simplifier drastiquement. Mais ce que je voulais souligner, c’est que, naturellement, les libéraux (dont ceux qui s’ignorent) préfèrent la société civile à l’État, ce qui explique leur faible engagement politique. En revanche, il faut leur donner la chance d’exprimer cette préférence par leur vote, pour que cette simplification règlementaire ait lieu, par exemple. Cette expression est impossible s’ils sont contraints de choisir entre conservateurs et socialistes (pour schématiser). C’est pourquoi je juge nécessaire que certains libéraux s’engagent en politique. Ce qui je critiquais, c’est le discours « je veux agir, donc je fais de la politique », comme si c’était une évidence. J’aurais préféré, à la limite, « je veux agir, l’État m’en empêche, donc je m’engage en politique ». Mais cela relèverait d’une démarche libérale ; il est logique que Nicolas Sarkozy ne s’inscrive pas dedans. Ce n’est donc pas une critique personnelle.