Je poursuis ma série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent).
Partie I : Les différents types de valeurs de la biodiversité (2/2)
D. La valeur de quasi-option
La valeur de quasi-option est l’estimation du bénéfice à attendre du report du projet. Elle correspond à peu près à la valeur de l’information : reporter le projet permettra d’obtenir des informations supplémentaires sur les conséquences écologiques et économiques ; par ailleurs, dans l’intervalle, une modification qui rendra le projet moins nécessaire pourra intervenir. Cette valeur doit être comparée aux coûts de report du projet.
On peut donner l’exemple de la disparition de toutes les espèces d’une forêt. Comme toutes les espèces animales et végétales n’ont pas été étudiées, il serait possible de découvrir de nouveaux usages à l’avenir. Ainsi, le report de la décision de destruction permet l’éventualité de nouvelles découvertes scientifiques valorisantes.
E. Les valeurs symboliques
Une valeur symbolique est attribuée à certaines espèces, indépendamment de tout usage, en raison de certaines caractéristiques.
B. Kristöm, en 2001, donne l’exemple des « arbres-mammouths » géants découverts dans l’Ouest des Etats-Unis vers 1850, dont on a découvert qu’ils étaient plus vieux que le Colisée de Rome, et qui sont devenus le symbole de la république américaine et de sa démocratie.
F. Les valeurs de non-usage, ou valeurs intrinsèques
Ces valeurs proviennent de la satisfaction procurée à un individu par le fait de savoir qu’une chose ou un état de fait désirable existe. Elles sont aussi appelées valeurs d’usage passif. Elles sont liées à des considérations extra économiques telles que la justice, l’équité par rapport aux générations futures ou le respect de la nature. Ce sont elles qui sont souvent invoquées pour justifier des mesures de protection pour des espèces charismatiques ou des sites naturels connus.
On distingue la valeur de legs, qui est l’utilité tirée du fait de transmettre un patrimoine aux générations futures, en vue ou non d’une utilisation, et la valeur d’existence, qui est l’utilité pour un individu de la conservation en vue ou non d’une utilisation à l’avenir. L’expression « valeur intrinsèque » est aussi employée pour désigner une valeur qui serait indépendante des humains ; elle est à rapprocher de la notion de valeur primaire des écosystèmes développée par le courant de l’économie écologique.
Ce type de valeurs est vivement critiqué par certains économistes. P. Milgram (1992), en particulier, leur reproche d’être vide de tout contenu économique, et d’impliquer par conséquent un double comptage dans le calcul de la valeur.
Pour évaluer les actifs environnementaux, il est nécessaire d’estimer ces différentes composantes, même s’il est parfois difficile de les distinguer les unes des autres et de les évaluer indépendamment.
Dans le prochain article, j’évoquerai les méthodes d’évaluation de la valeur de la biodiversité.
Retrouvez le texte en une page sur Knol : Valeur monétaire de la Biodiversité.
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