Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

Dimanche 17 juin 2007

Le discours que François Bayrou a prononcé le 21 mars 2007 au Zénith s’est révélé plutôt une bonne surprise de mon point de vue. Des signes ont été envoyés qui méritent d’être relevés. La politique est affaire de compromis, et c’est justement la conviction que François Bayrou a défendu dans la campagne présidentielle. Les libéraux pourront probablement travailler avec le MoDem sur certaines propositions. Morceaux choisis.

« Si je me suis engagé dans cette campagne, c’est pour obtenir le changement que tout le monde fuit et que la France attend. C’est pour que la société de connivence appartienne au passé, et que les principes républicains élémentaires, démocratiques élémentaires, libéraux élémentaires, retrouvent droit de cité dans notre pays. »

Il a osé ! Prononcer le mot « libéral » de manière positive, sans bémol juste après, et en revendiquant ses principes, est suffisamment rare aujourd’hui pour être salué.

« Je veux que tout le monde sache que je n’ai pas de baguette magique, que j’assume n’avoir pas de baguette magique. »

Cette modestie est exemplaire, et rassurante : François Bayrou rejette l’idée d’un pouvoir qui serait tout puissant, et revendique de ne pas faire de promesses extravagantes.

« Je ne serai jamais le président qui permettra (…) que l’on prenne les décisions importantes dans le dos des Français. Mon élection signifiera au contraire la garantie que les Français auront toute l’information, en temps réel, le temps de réfléchir, le temps de mûrir une décision. »

« (…) la question des droits d’auteur sur Internet, grande question industrielle, grande question de liberté. S’il n’y a plus de droits de l’auteur sur son œuvre, il n’y a plus de création. Et c’est pourquoi la licence globale n’était pas la bonne réponse. En même temps, on ne peut pas laisser menacer le logiciel libre par exemple par des mesures de contrôle qui permettraient à certains très grands groupes de prendre le contrôle de toute la chaîne, de l’enregistrement à l’écoute. Vaste chantier, que nous aurions peut-être pu conduire à son terme, si comme toujours le gouvernement n’avait pas voulu passer en force. »

Le problème des droits d’auteur est plutôt bien posé. Dans son livre « Projet d’avenir », il affirme clairement qu’on ne pourra pas empêcher l’échange gratuit sur Internet, sauf à poser des entraves très fortes à la liberté, ce qui nuirait à terme à la création. Aux différents acteurs d’inventer de nouveaux modèles, basés en particulier sur les services. L’Etat devrait principalement se contenter de ne pas être un frein au développement de nouvelles offres.

« Et puis il faut traiter la question des intermittents du spectacle, pour aider la vraie intermittence et proscrire une situation où l’intermittence sert en fait à subventionner des entreprises de production. La vocation de l’ANPE, c’est la solidarité, pas le mécénat. Et je suis sûr que les intermittents ont leur place, pendant les périodes où ils se trouvent sans emploi, dans d’autres activités scolaires ou associatives, où ils pourront transmettre quelque chose de leur passion. »

Pourquoi pas ? En tous les cas, c’est la liberté rendue à chacun qui permettra, avec plus de responsabilité pour chaque personne dans la conduite de sa vie, de faire émerger des solutions là où l’Etat est généralement incapable de bien poser le problème.

A propos de la campagne, et des attaques de ses adversaires : « Et nous, nous sommes là, et parce que nous sommes là, déterminés, durs aux coups de toute nature, comme il va falloir l’être, ensemble, et n’hésitant pas à éclater de rire, parce que quelquefois le rire est plus éloquent que les mots, parce que nous sommes là, que nous nous sommes trouvés tout peut changer, tout va changer, tout a déjà changé. »

Ce rire, plutôt nietzschéen, me plaît. Et cette confiance… aussi.

« Ils nous disent : avec qui gouvernerez-vous ? Et ils sont là bien contents, là on lui a balancé une patate chaude. Et il suffit de leur dire : et vous avec qui gouvernerez vous ? Au premier tour, les plus hauts scores seront entre 20 et 25 %, au mieux (je rappelle que la dernière fois, c’était 19 %). Avec qui ferez-vous alliance, Sarkozy avec Villiers, ou faudra-t-il embaucher le Pen, Ségolène Royal avec Marie-Georges Buffet, ou aller jusqu’à Besancenot. C’est vous qui n’avez pas de majorité mes chers camarades ! La seule majorité possible pour la France , la seule majorité stable, la seule majorité constructive, c’est la majorité centrale, celle qui permet de faire travailler ensemble les reconstructeurs de gauche, les reconstructeurs de droite et les reconstructeurs du centre : cela, oui, fait une majorité, et une belle, et les Français la choisiront. »

« Et je dois vous rassurer : je puis vous assurer, vous donner la garantie, qu’il restera une opposition de droite et j’ai même une petite idée de qui sera son leader… Et il restera une opposition de gauche et j’ai même l’impression que quelqu’un a décidé de préempter cette opposition de gauche toute, un ancien jeune premier ministre ? Et aux prochaines élections, chacun se présentera avec son projet, l’un proposera une majorité de gauche, l’autre une majorité de droite, et nous, qui aurons je l’espère bien œuvré pour le pays, nous aurons un candidat ou une candidate pour équilibrer le pays en son centre. Et le pays choisira, de manière cohérente. »

Sa conclusion, qui rappelle que l’essentiel est probablement ailleurs, à condition que l’Etat ne nous empêche pas de nous y intéresser : « Vive la France, et vive la vie. »

Malgré cela, évidemment, certains points me chagrinent dans ce discours. Globalement, on peut relever des valeurs communes entre les libéraux et les « démocrates », mais les mesures concrètes ont tendance à diverger. Le dialogue est donc possible, mais pas l’identification. Citons par exemple la proposition, inspirée de Nicolas Hulot, d’un « transfert programmé des charges sociales sur les carburants », à laquelle s’ajoute ce passage :

« Toutes les entreprises françaises, quelle que soit leur taille, pourront créer deux emplois sans avoir à payer de charges sociales, sauf dix pour cent pour les retraites, pendant cinq ans. Et ainsi on commencera à poser de manière différente, grandeur nature, la question des charges sociales qui sont dans notre pays concentrées sur le travail. »

Soulignons d’abord l’aspect inégalitaire de l’exonération de charges pour deux emplois : les entreprises qui emploient le plus de salariés en tireront un moins grand bénéfice, proportionnellement. C’est un choix assumé de la part de François Bayrou, mais ce genre de mesures, prises dans différents domaines, toujours dans le même sens, et qui s’accumulent (allègement des démarches administratives et des obligations du code du travail pour les petites entreprises, mode de suppression de charges plus favorable aux petites entreprises, aide à l’exportation pour les PME, part des marchés publics réservée aux PME…), fait qu’au final, on est incapable de mesurer l’avantage que l’on a donné aux petites entreprises par rapport aux grandes, et donc d’évaluer la justice de telles mesures.

Mais le plus grave est dans l’approche qui est faite des charges sociales : elle signifie que l’on décorrèle le paiement des charges du service qui y est associé. Les charges sont avant tout le paiement des prestations fournies par la Sécurité Sociale dans les domaines de la maladie, des retraites, des prestations familiales… Leur forme actuelle (proportionnelle au revenu) introduit déjà une confusion entre assurance et solidarité – notamment pour la maladie, où chacun obtient le même service pour des cotisations différentes. Mais si les retraites sont financées par une taxe sur l’essence, je crois qu’on risque de perdre beaucoup en lisibilité de l’impôt, et il sera de plus en plus difficile de comprendre sa légitimité.

Concernant la fiscalité écologique, ma vision est simple, même si elle est difficile à mettre en place : il faut qu’elle finance la réparation des dommages causés. Ni plus, ni moins. C’est le principe « pollueur payeur », et c’est bien plus juste que de demander aux automobilistes de payer les allocations familiales.

par Matthieu publié dans : Hommes et femmes politiques communauté : Ouvrez-vous
commentaires (0)    ajouter un commentaire créer un trackback recommander

Articles recommandés ensuite…

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus