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Mardi 26 juin 2007

Je poursuis ma série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).

Partie II : Les méthodes d’évaluation de la valeur de la biodiversité (1/2)

a. Préliminaire : la notion de consentement à payer

Dans le cadre de l’analyse microéconomique classique, on cherche à estimer la valeur attribuée subjectivement par les agents à une modification de leur environnement. C’est la valeur marginale qui est considérée. L’objectif est donc une évaluation monétaire de la variation de bien-être.

Ce type d’analyse suppose que les consommateurs ont des préférences bien établies entre les différents états du monde dans lequel ils vivent.

i. Consentement à payer et consentement à recevoir

Supposons que le bien-être dépende positivement à la fois de la consommation d’un bien agrégé marchand x et de la qualité de l’environnement E. Pour une contrainte de revenu fixée, la quantité de bien consommée est constante, mais l’utilité est plus grande si E augmente. Cette variation de bien-être peut être évaluée de deux manières.

La variation de revenu équivalente est celle qui serait nécessaire pour que l’individu atteigne le même niveau de bien-être sans modification de la qualité de l’environnement. En cas d’amélioration, c’est le Consentement à Recevoir (CAR) : somme que l’individu serait prêt à accepter pour que l’amélioration de l’environnement ne se produise pas.

La variation de revenu compensatoire est celle qui serait nécessaire pour que l’individu conserve son niveau de bien-être initial, malgré la variation de la qualité de l’environnement (elle est négative en cas d’amélioration). En cas d’amélioration, c’est le Consentement à Payer (CAP) : l’individu est prêt à payer toute somme qui lui serait inférieure ou égale pour obtenir cette qualité de l’environnement (sans perte de bien-être).

ii. L'écart entre CAP et CAR

On constate que quelle que soit la modification de la qualité de l’environnement, le CAP est inférieur au CAR. Cela est dû en particulier aux effets revenu et substitution engendré par la variation de la qualité de l’environnement. L’écart serait nul s’il y avait substituabilité parfaite entre biens marchands et services des actifs environnementaux, et il serait infini si la substituabilité était nulle (en effet, alors, rien ne pourrait remplacer la perte).

En pratique, on choisit généralement d’évaluer le CAP, c’est-à-dire la variation de revenu compensatoire en cas d’amélioration, et la variation de revenu équivalente en cas de détérioration. Deux raisons sont à l’origine de ce choix. Théoriquement, d’une part, le CAP donne une valeur minimale de la variation de bien-être à évaluer, ce qui permet de défendre sa crédibilité, dans le cadre d’une action en justice, par exemple, où des dommages et intérêts seraient demandés. Empiriquement, d’autre part, l’écart entre CAP et CAR est aggravé par le fait que les agents ont tendance à valoriser davantage toute perte de bien-être que les gains équivalents, et toute réduction de leurs pertes que les réductions de gains envisageables.

Cependant, un tel choix est contesté : rien ne justifie d’écarter le CAR sous prétexte qu’il est très fort, voire infini.


Dans le prochain article, j’évoquerai les méthodes d’évaluation qui découlent de ces notions.

Retrouvez le texte en une page sur Knol : Valeur monétaire de la Biodiversité.

par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Ouvrez-vous
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