Sur quoi les limites morales sont-elles fondées ?
On peut se rendre compte assez facilement du fait que les limites de la morale ne sont pas démontrables. Prenons un exemple assez simple : « Il faut aider une personne qui est dans une grande misère, qui risque d'en mourir ». Cela paraîtra une évidence à certains d'entre vous, et sera sûrement déjà contestable pour d'autres, qui voudront au moins y ajouter des conditions. Je propose de réfléchir au pourquoi de cette affirmation, et de ces sentiments contradictoires – rationnels ou non.
Les adeptes de Kant avanceront probablement l'argument suivant : si l'on se plaçait dans la position de la personne en difficulté, on souhaiterait être aidé, et comme on se doit de faire ce que l'on attend des autres, il faut aider ; ou encore, tout le monde est-il prêt à accepter que l'on n'aide pas une personne en difficulté, cette façon d'agir peut-elle être publique ? Non ? Alors cette pratique n'est pas recevable. Allons donc un peu plus loin : pourquoi doit-on faire ce qu'on attend des autres ? Pourquoi nos comportements doivent-ils être acceptables par tous ?
Face à ces questions, je suis parvenu à la réponse suivante : pour permettre la vie ensemble, dans une certaine sérénité, grâce à la confiance. On pourrait s'arrêter là. Pourtant, n'est-on pas en droit de s'interroger sur cette vie ensemble, et surtout sur cette sérénité ? Elles permettent sûrement un épanouissement intellectuel, et une paix de l'âme, mais ne constituent-t-elles pas une contrainte pour qui voudrait se développer « autrement ». Finalement, elles ne relèvent pas de l'évidence ; ou en tout cas, pas pour tout le monde.
On arrive ainsi facilement à « Chacun ses idées », ce qui dérange, ou, au moins, me dérange, au fond, parce que cela met un terme à la discussion, cela empêche le débat. Alors on ne peut s'empêcher d'essayer encore de trouver, malgré tout, un critère intangible... qui peut en fait toujours être remis en question. Le bien de tous ? Est-ce que cela a du sens ? La sélection naturelle ? Comment prétendre la mettre en place correctement ? Et n'oublions pas que c'est une théorie, même si elle paraît tout à fait acceptable...
Difficile d’arriver à une véritable démonstration. A un moment ou à un autre, on en arrive à des convictions personnelles, issues de sa propre culture, de son éducation : c'est « chacun se débrouille » ou « on est tous sur le même bateau, il faut s'entre-aider ». Il s'agit d'une conviction profonde, et très difficile à changer. Mais pourquoi chercher à la changer ? On peut vouloir faire adopter ses propres principes par les autres, on peut chercher à convaincre. Mais cette adoption ne doit pas se faire par la contrainte, physique ou légale.
Je ne suis pas certain de comprendre votre « ni bien ni mal ». « Ni bien, ni mal absolus », vous voulez dire ? En ce sens, je pourrais vous suivre. Mais ce principe, cette règle du respect comme base de fonctionnement ne peut être qu’une proposition. Il ne semble pas qu’il y ait pas une justification qui puisse en faire un principe absolu.
Attention cependant aux risques du « ni bien ni mal » : nous dépendons toujours les uns des autres. Nous devons donc subir les conséquences de notre comportement.
Faisons ensemble la liberté, la liberté fera le reste. Pour le blog c'est ok, pour un souci d'une meilleure com entre-nous , tu peux m'ajouter sur le tiens, pas de problème pour moi.
a++
Alan de Bx
Je ne vois pas quelle loi morale viendrait s’imposer à tous, au-delà de toutes les lois naturelles. Qu’il soit utile que chacun suive une certaine morale plutôt qu’une autre pour vivre ensemble, c’est assez clair. Mais le pouvoir doit résider dans les choix individuels. Libre d’ailleurs à ceux qui souhaitent défendre certaines valeurs de s’organiser pour le faire.
Je suis d’accord avec toi pour combattre l’Etat quand il cherche à imposer une morale, quand il cherche à dire ce qui est vrai et ce qui est faux. Cependant, on ne peut effectivement pas éviter qu’une morale le guide dans ses actions. A nous, citoyens, de décider de ce que doit faire l’Etat, et surtout de ce qu’il ne doit pas faire. Moins il agit, moins il impose.
Une remarque sur un point particulier de ton commentaire enfin : pourquoi vouloir que notre société survive ? Encore une fois, c’est un choix, mais rien ne le rend véritablement évident.