Retrouvez cet article sur mon nouveau blog : Les contraintes étatiques : nécessaires pour développer une économie de l'environnement ?
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Retrouvez cet article sur mon nouveau blog : L'Environnement, nouvel alibi étatiste.
Contrairement à ce qu’il m’est arrivé de lire, la recherche d’une meilleure productivité et l’innovation ne sont pas incompatibles. Mieux : ils vont de pair. La recherche d’un profit plus important pousse à innover, à progresser.
En appliquant le principe "pollueur-payeur", et, éventuellement, dans les cas où l’application de ce principe n’est pas réalisable en l’état, en mettant en place des quotas échangeables (d'émission de CO2, par exemple), il devient plus rentable de produire "propre", et donc, tout naturellement, les entreprises non polluantes sont favorisées, et les autres sont amenées à suivre, ou à disparaître.
L’avantage de cette approche par rapport à la taxation, ou à la réglementation, c’est que les producteurs s’adaptent au coût réel des dommages
écologiques. Chacun doit évaluer les conséquences de ses actes, puisqu’il en sera responsable, alors qu’une taxe, au contraire, déresponsabilise (« j’ai payé, je n’ai plus à faire
d’efforts »).
Ce type de réforme devra faire face aux lobbys des industriels installés, qui voient, très logiquement, toute remise en question du cadre règlementaire d’un mauvais œil. Une demande de
compensations, pour s’adapter aux nouvelles conditions, devrait apparaître. Cependant, ces compensations présentent le risque important d’être autant de nouvelles interventions étatiques, et de
freins au changement, puisqu’elles ralentiront le développement de nouvelles sociétés, plus respectueuses de l’environnement.
Je termine cette série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).
Partie III : « Combien êtes-vous prêt à payer pour les services rendus par les écosystèmes de la planète ? »
L’équipe de Robert Costanza a publié en 1997, dans la revue Nature, un article visant à donner une évaluation monétaire des services rendus à l’humanité par les écosystèmes de la planète, en se basant sur des études partielles effectuées antérieurement, et en y ajoutant quelques calculs nouveaux.
Pour ce faire, ils ont étudié 16 types d’écosystèmes (de la haute mer à la ville), et 17 types de services : la régulation des gaz, du climat, de l’eau, la capacité de résilience, l’offre d’eau, le contrôle de l’érosion, la formation des sols, le cycle des nutriments, le traitement des déchets, la pollinisation, le contrôle biologique, l’habitat des espèces, la production de nourriture, les matériaux bruts, les ressources génétiques, le divertissement, la fonction de support de culture.
Ils soulignent bien l’impossibilité de donner un prix aux écosystèmes par eux-mêmes : sans eux, il n’y aurait pas de vie sur Terre, leur valeur est donc infinie. En fait, on considère la variation de bien-être correspondant à une variation du service rendu.
Les méthodes d’évaluation utilisées sont principalement basées sur le CAP d’échantillons de populations concernées. Toutes ces estimations sont converties en dollars US par hectare et par an (US$/ha/an) en utilisant notamment l’indice des prix à la consommation des Etats-Unis. Certaines valeurs ont été converties en utilisant le ratio du PIB par habitant à parités de pouvoir d’achat du pays d’origine comparé à celui des Etats-Unis, pour compenser les effets des différences de revenu. De préférence, ils ont utilisé des intervalles pour estimer les valeurs, en relevant les estimations les plus faibles et les plus élevées relevées dans la littérature, ainsi que des valeurs moyennes.
Ces calculs conduisent à une valeur annuelle des services rendus par les écosystèmes de la planète comprise entre 16 et 54 mille milliards de dollars US, avec une moyenne de 33000 milliards, à comparer à un PNB mondial de 18000 milliards de dollars US par an (d’après l’article).
Ce chiffre s’appuie sur l’ensemble des études existantes, et l’article met en évidence certains domaines où les informations manquent. Pour cette raison, cette estimation est considérée comme minimale : les données supplémentaires mettront en évidence d’autres services. Par ailleurs, la dégradation des écosystèmes conduira à l’augmentation de leur valeur, sous l’effet de la rareté.
Conclusion
En soi, parce qu’elle est la condition nécessaire à la vie sur Terre, la valeur de la biodiversité est infinie. Cependant, il est nécessaire, pour faire des choix, d’évaluer la valeur marginale des services qu’elle offre à l’homme, de manière directe ou indirecte, dans le présent ou dans l’avenir.
Il existe de nombreuses méthodes d’évaluation de ces services rendus, chacune étant plus ou moins adaptée aux différentes composantes de la valeur de la biodiversité. Cependant, toutes se heurtent à des difficultés liées au manque de connaissances (on ne connaît pas tous les services que nous procurera la biodiversité à l’avenir) et au manque d’information du public (ce qui perturbe les signaux économiques qu’il peut envoyer).
Malgré ces limites, on sait d’ores et déjà que la valeur monétaire des services issus de la biodiversité n’est absolument pas négligeable : elle pourrait être bien supérieure au PNB mondial.
Ces études donnent donc des pistes pour estimer la valeur monétaire de la biodiversité. Je ne pense pas qu’une administration centralisée, qui se baserait sur ce type d’expertises pour évaluer la valeur des écosystèmes, serait à même de « gérer » ce bien qu’est l’environnement. Au contraire, c’est en rendant responsable chaque acteur des conséquences de ses actes que l’on peut espérer optimiser la préservation de l’environnement. Cette approche consiste à donner la possibilité à chacun de demander réparation pour toute dégradation de son environnement à celui qui en est responsable. Ces méthodes d’évaluation, entre autres, peuvent alors permettre d’estimer le montant des indemnisations. Elles peuvent surtout aider à former des arrangements entre individus, avant d’en arriver à une situation conflictuelle : certains peuvent autoriser une dégradation de leur environnement en échange d’une compensation, avant que la dégradation ait lieu, et sans procès.
Sur l’organisation nécessaire au respect des autres à travers l’environnement, je compte publier un article plus détaillé. Dans l’intervalle, n’hésitez pas à me livrer vos réflexions.
Retrouvez le texte en une page sur Knol : Valeur monétaire de la Biodiversité.
Bibliographie
Ouvrages utilisés :
Aubertin Catherine, Vivien Franck-Dominique, Les Enjeux de la biodiversité, Economica, 1998 ; chapitre IV, partie 2, pages 69 à 79 : « L’évaluation économique de la biodiversité ».
Beaumais Olivier, Chinoleu-Assouline Mireille, Economie de l’environnement, Bréal, 2001 ; pages 47 à 77 : « Les méthodes de monétarisation des effets externes ».
Costanza Robert et al., « The value of the world’s ecosystem services and natural capital », in Nature, 1997, vol. 387, 15 mai 1997, pages 253 à 260.
Lescuyer Guillaume, « Evaluation économique de la biodiversité : forces et faiblesse », présentation d’avril 2003, disponible sur http://www.iepf.org.
Autres ouvrages d’intérêt :
Boisvert Valérie, Vivien Franck-Dominique, « Les ONG dans le champ de la biodiversité : une perspective économique », in ONG et biodiversité, coordination Aubertin Catherine, IRD Editions, 2005, pages 123 à 144.
Khazri Olfa, Pierre Lasserre, « L’état vierge : un support de la mesure de la biodiversité », in Vertigo, vol. 5, n°3, décembre 2004.
Je poursuis ma série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).
Partie II : Les méthodes d’évaluation de la valeur de la biodiversité (2/2)
b. Les méthodes d'évaluation directe
i. Avec préférences révélées
1. Sur le marché réel
L’évaluation par le changement de productivité consiste à considérer le fait qu’une variation de la qualité de la biodiversité a un impact direct sur la production par les agents économiques de biens et services marchands. Par exemple, la disparition du couvert forestier aurait un impact sur la qualité des sols, et donc sur le niveau de production agricole.
Les dépenses de protection permettent aussi de donner une valeur monétaire à certains actifs environnementaux, par l’estimation des dépenses réelles de protection contre la dégradation de l’environnement. Il en est ainsi de l’achat de bouteilles d’eau pour compenser la dégradation de la qualité de l’eau du robinet.
Enfin, on peut évaluer la valeur d’un actif en mesurant celles de biens qui lui sont substituables. C’est possible par exemple avec les Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) : fruits, gommes et résines, huiles, fibres.
2. Sur un marché reconstitué
La méthode des prix hédonistes consiste à déterminer la mesure dans laquelle la variation des prix de marché est expliquée par la variation du niveau de l’environnement. On peut s’appuyer en particulier sur le prix des maisons, ou le prix des médicaments intégrant des principes actifs naturels.
ii. Avec préférences exprimées sur un marché fictif : la méthode de l'évaluation contingente
La méthode de l’évaluation contingente consiste à placer les individus sur le marché fictif du bien à évaluer pour connaître leurs préférences individuelles. On demande aux individus la valeur qu’ils accordent à une altération d’un élément de la biodiversité, généralement sous la forme d’un montant maximal à payer pour obtenir ou conserver celui-ci. C’est la technique des enchères. La valeur totale est alors le produit du montant moyen avec la taille de la population pertinente. On peut aussi employer des techniques référendaires : l’agent accepte ou refuse un prix proposé, dans le cadre d’un scénario qui lui a été proposé.
c. Méthodes d'évaluation indirecte
Dans le cadre de la méthode dose-effet, on évalue monétairement la variation de la qualité ou de la quantité des actifs environnementaux en observant les conséquences physiques que ce changement entraîne. Cette méthode s’applique par exemple au réchauffement climatique.
Enfin, on peut estimer la valeur d’un actif naturel à partir du coût à supporter pour le remplacer par du capital artificiel. C’est la méthode des coûts de remplacement, qui s’applique en particulier aux ressources médicales traditionnelles, en s’appuyant sur le prix des médicaments.
Les limites générales de ces méthodes sont liées au choix technique d’évaluation économique, au choix des hypothèses d’application de ces techniques, au choix du taux d’actualisation, et au fait que l’évaluation des bénéfices est toujours partielle.
Par ailleurs, on peut souligner certaines limites culturelles : ce type d’approche est difficilement compatible avec des sociétés où les mécanismes marchands ne sont pas prédominants dans l’usage des ressources. De plus, il est difficile d’appréhender les interactions multiformes qui s’établissent entre les acteurs et leur milieu.
Dans le prochain article, j’évoquerai une étude publiée en 1997 visant à estimer la valeur des services rendus par l’ensemble des écosystèmes de la planète.
Retrouvez le texte en une page sur Knol : Valeur monétaire de la Biodiversité.