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Mercredi 12 décembre 2007

Ridicule ! La Ministre de l’Économie, des finances et de l’emploi, Christine Lagarde, souhaite que l'on extraie plus de pétrole, pour limiter l'augmentation de son prix (LeMonde.fr le 10 novembre 2007) alors que le Grenelle de l'Environnement a mené le gouvernement à annoncer une lutte pour la diminution de la consommation via... une taxe carbone ! L'objectif réel est donc révélé clairement : il s'agit de prendre le prétexte de l'environnement pour créer de nouvelles taxes. Pour que cela soit possible, il ne faut pas laisser le marché réguler naturellement, en menant à une augmentation du prix de cette denrée qui se raréfie... Pour nos gouvernants, c’est l’Etat qui doit décider du prix, en taxant, plutôt que de laisser offreurs et demandeurs s’adapter aux contraintes naturelles.

Soulignons, en plus de l’hypocrisie, l’irresponsabilité d’une telle démarche. Pousser à produire plus de pétrole aujourd’hui, pour baisser les prix, revient à lutter contre la capacité des intervenants sur le marché à anticiper l’avenir : ils anticipent que la demande, et donc les prix, seront plus élevés plus tard, et choisissent donc de ne pas extraire le pétrole aujourd’hui, mais de le garder pour l’avenir.

On constate donc que là où les propriétaires sont poussés, par leurs intérêts, à préparer l’avenir, l’Etat souhaiterait le sacrifier pour tout consommer aujourd’hui. Que l’on ne nous fasse pas croire que l’intervention de l’Etat est indispensable pour faire face aux besoins futurs : les hommes politiques ne cherchent, en général, qu’à plaire dans le présent, puisqu’ils ne supportent pas les conséquences de leur action sur l’avenir. Ils sont donc prêts à le sacrifier, comme cet exemple nous le montre, une fois de plus. L’environnement n’est pour eux qu’un alibi pour augmenter leur emprise sur nos vies quotidiennes, là où des individus responsables sauraient bien mieux prendre les bonnes décisions.
par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Le Club des Citoyens
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Lundi 13 août 2007

Contrairement à ce qu’il m’est arrivé de lire, la recherche d’une meilleure productivité et l’innovation ne sont pas incompatibles. Mieux : ils vont de pair. La recherche d’un profit plus important pousse à innover, à progresser.

En appliquant le principe "pollueur-payeur", et, éventuellement, dans les cas où l’application de ce principe n’est pas réalisable en l’état, en mettant en place des quotas échangeables (d'émission de CO2, par exemple), il devient plus rentable de produire "propre", et donc, tout naturellement, les entreprises non polluantes sont favorisées, et les autres sont amenées à suivre, ou à disparaître.

L’avantage de cette approche par rapport à la taxation, ou à la réglementation, c’est que les producteurs s’adaptent au coût réel des dommages écologiques. Chacun doit évaluer les conséquences de ses actes, puisqu’il en sera responsable, alors qu’une taxe, au contraire, déresponsabilise (« j’ai payé, je n’ai plus à faire d’efforts »).
Ce type de réforme devra faire face aux lobbys des industriels installés, qui voient, très logiquement, toute remise en question du cadre règlementaire d’un mauvais œil. Une demande de compensations, pour s’adapter aux nouvelles conditions, devrait apparaître. Cependant, ces compensations présentent le risque important d’être autant de nouvelles interventions étatiques, et de freins au changement, puisqu’elles ralentiront le développement de nouvelles sociétés, plus respectueuses de l’environnement.

 

par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Les libéraux français
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Vendredi 20 juillet 2007

Je termine cette série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).

Partie III : « Combien êtes-vous prêt à payer pour les services rendus par les écosystèmes de la planète ? »

L’équipe de Robert Costanza a publié en 1997, dans la revue Nature, un article visant à donner une évaluation monétaire des services rendus à l’humanité par les écosystèmes de la planète, en se basant sur des études partielles effectuées antérieurement, et en y ajoutant quelques calculs nouveaux.

Pour ce faire, ils ont étudié 16 types d’écosystèmes (de la haute mer à la ville), et 17 types de services : la régulation des gaz, du climat, de l’eau, la capacité de résilience, l’offre d’eau, le contrôle de l’érosion, la formation des sols, le cycle des nutriments, le traitement des déchets, la pollinisation, le contrôle biologique, l’habitat des espèces, la production de nourriture, les matériaux bruts, les ressources génétiques, le divertissement, la fonction de support de culture.

Ils soulignent bien l’impossibilité de donner un prix aux écosystèmes par eux-mêmes : sans eux, il n’y aurait pas de vie sur Terre, leur valeur est donc infinie. En fait, on considère la variation de bien-être correspondant à une variation du service rendu.

Les méthodes d’évaluation utilisées sont principalement basées sur le CAP d’échantillons de populations concernées. Toutes ces estimations sont converties en dollars US par hectare et par an (US$/ha/an) en utilisant notamment l’indice des prix à la consommation des Etats-Unis. Certaines valeurs ont été converties en utilisant le ratio du PIB par habitant à parités de pouvoir d’achat du pays d’origine comparé à celui des Etats-Unis, pour compenser les effets des différences de revenu. De préférence, ils ont utilisé des intervalles pour estimer les valeurs, en relevant les estimations les plus faibles et les plus élevées relevées dans la littérature, ainsi que des valeurs moyennes.

Ces calculs conduisent à une valeur annuelle des services rendus par les écosystèmes de la planète comprise entre 16 et 54 mille milliards de dollars US, avec une moyenne de 33000 milliards, à comparer à un PNB mondial de 18000 milliards de dollars US par an (d’après l’article).

Ce chiffre s’appuie sur l’ensemble des études existantes, et l’article met en évidence certains domaines où les informations manquent. Pour cette raison, cette estimation est considérée comme minimale : les données supplémentaires mettront en évidence d’autres services. Par ailleurs, la dégradation des écosystèmes conduira à l’augmentation de leur valeur, sous l’effet de la rareté.

Conclusion

En soi, parce qu’elle est la condition nécessaire à la vie sur Terre, la valeur de la biodiversité est infinie. Cependant, il est nécessaire, pour faire des choix, d’évaluer la valeur marginale des services qu’elle offre à l’homme, de manière directe ou indirecte, dans le présent ou dans l’avenir.

Il existe de nombreuses méthodes d’évaluation de ces services rendus, chacune étant plus ou moins adaptée aux différentes composantes de la valeur de la biodiversité. Cependant, toutes se heurtent à des difficultés liées au manque de connaissances (on ne connaît pas tous les services que nous procurera la biodiversité à l’avenir) et au manque d’information du public (ce qui perturbe les signaux économiques qu’il peut envoyer).

Malgré ces limites, on sait d’ores et déjà que la valeur monétaire des services issus de la biodiversité n’est absolument pas négligeable : elle pourrait être bien supérieure au PNB mondial.

Ces études donnent donc des pistes pour estimer la valeur monétaire de la biodiversité. Je ne pense pas qu’une administration centralisée, qui se baserait sur ce type d’expertises pour évaluer la valeur des écosystèmes, serait à même de « gérer » ce bien qu’est l’environnement. Au contraire, c’est en rendant responsable chaque acteur des conséquences de ses actes que l’on peut espérer optimiser la préservation de l’environnement. Cette approche consiste à donner la possibilité à chacun de demander réparation pour toute dégradation de son environnement à celui qui en est responsable. Ces méthodes d’évaluation, entre autres, peuvent alors permettre d’estimer le montant des indemnisations. Elles peuvent surtout aider à former des arrangements entre individus, avant d’en arriver à une situation conflictuelle : certains peuvent autoriser une dégradation de leur environnement en échange d’une compensation, avant que la dégradation ait lieu, et sans procès.

Sur l’organisation nécessaire au respect des autres à travers l’environnement, je compte publier un article plus détaillé. Dans l’intervalle, n’hésitez pas à me livrer vos réflexions.

 

Bibliographie

Ouvrages utilisés :

Aubertin Catherine, Vivien Franck-Dominique, Les Enjeux de la biodiversité, Economica, 1998 ; chapitre IV, partie 2, pages 69 à 79 : « L’évaluation économique de la biodiversité ».

Beaumais Olivier, Chinoleu-Assouline Mireille, Economie de l’environnement, Bréal, 2001 ; pages 47 à 77 : « Les méthodes de monétarisation des effets externes ».

Costanza Robert et al., « The value of the world’s ecosystem services and natural capital », in Nature, 1997, vol. 387, 15 mai 1997, pages 253 à 260.

Lescuyer Guillaume, « Evaluation économique de la biodiversité : forces et faiblesse », présentation d’avril 2003, disponible sur http://www.iepf.org.

Autres ouvrages d’intérêt :

Boisvert Valérie, Vivien Franck-Dominique, « Les ONG dans le champ de la biodiversité : une perspective économique », in ONG et biodiversité, coordination Aubertin Catherine, IRD Editions, 2005, pages 123 à 144.

Khazri Olfa, Pierre Lasserre, « L’état vierge : un support de la mesure de la biodiversité », in Vertigo, vol. 5, n°3, décembre 2004.

 

par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Ouvrez-vous
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Lundi 9 juillet 2007

Je poursuis ma série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).

Partie II : Les méthodes d’évaluation de la valeur de la biodiversité (2/2)

b. Les méthodes d'évaluation directe

i. Avec préférences révélées

1. Sur le marché réel

L’évaluation par le changement de productivité consiste à considérer le fait qu’une variation de la qualité de la biodiversité a un impact direct sur la production par les agents économiques de biens et services marchands. Par exemple, la disparition du couvert forestier aurait un impact sur la qualité des sols, et donc sur le niveau de production agricole.

Les dépenses de protection permettent aussi de donner une valeur monétaire à certains actifs environnementaux, par l’estimation des dépenses réelles de protection contre la dégradation de l’environnement. Il en est ainsi de l’achat de bouteilles d’eau pour compenser la dégradation de la qualité de l’eau du robinet.

Enfin, on peut évaluer la valeur d’un actif en mesurant celles de biens qui lui sont substituables. C’est possible par exemple avec les Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) : fruits, gommes et résines, huiles, fibres.

2. Sur un marché reconstitué

La méthode des prix hédonistes consiste à déterminer la mesure dans laquelle la variation des prix de marché est expliquée par la variation du niveau de l’environnement. On peut s’appuyer en particulier sur le prix des maisons, ou le prix des médicaments intégrant des principes actifs naturels.

ii. Avec préférences exprimées sur un marché fictif : la méthode de l'évaluation contingente

La méthode de l’évaluation contingente consiste à placer les individus sur le marché fictif du bien à évaluer pour connaître leurs préférences individuelles. On demande aux individus la valeur qu’ils accordent à une altération d’un élément de la biodiversité, généralement sous la forme d’un montant maximal à payer pour obtenir ou conserver celui-ci. C’est la technique des enchères. La valeur totale est alors le produit du montant moyen avec la taille de la population pertinente. On peut aussi employer des techniques référendaires : l’agent accepte ou refuse un prix proposé, dans le cadre d’un scénario qui lui a été proposé.

c. Méthodes d'évaluation indirecte

Dans le cadre de la méthode dose-effet, on évalue monétairement la variation de la qualité ou de la quantité des actifs environnementaux en observant les conséquences physiques que ce changement entraîne. Cette méthode s’applique par exemple au réchauffement climatique.

Enfin, on peut estimer la valeur d’un actif naturel à partir du coût à supporter pour le remplacer par du capital artificiel. C’est la méthode des coûts de remplacement, qui s’applique en particulier aux ressources médicales traditionnelles, en s’appuyant sur le prix des médicaments.

Les limites générales de ces méthodes sont liées au choix technique d’évaluation économique, au choix des hypothèses d’application de ces techniques, au choix du taux d’actualisation, et au fait que l’évaluation des bénéfices est toujours partielle.

Par ailleurs, on peut souligner certaines limites culturelles : ce type d’approche est difficilement compatible avec des sociétés où les mécanismes marchands ne sont pas prédominants dans l’usage des ressources. De plus, il est difficile d’appréhender les interactions multiformes qui s’établissent entre les acteurs et leur milieu.

Dans le prochain article, j’évoquerai une étude publiée en 1997 visant à estimer la valeur des services rendus par l’ensemble des écosystèmes de la planète.

par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Ouvrez-vous
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Mardi 26 juin 2007

Je poursuis ma série d’articles sur la valeur monétaire de la biodiversité (article précédent - premier article).

Partie II : Les méthodes d’évaluation de la valeur de la biodiversité (1/2)

a. Préliminaire : la notion de consentement à payer

Dans le cadre de l’analyse microéconomique classique, on cherche à estimer la valeur attribuée subjectivement par les agents à une modification de leur environnement. C’est la valeur marginale qui est considérée. L’objectif est donc une évaluation monétaire de la variation de bien-être.

Ce type d’analyse suppose que les consommateurs ont des préférences bien établies entre les différents états du monde dans lequel ils vivent.

i. Consentement à payer et consentement à recevoir

Supposons que le bien-être dépende positivement à la fois de la consommation d’un bien agrégé marchand x et de la qualité de l’environnement E. Pour une contrainte de revenu fixée, la quantité de bien consommée est constante, mais l’utilité est plus grande si E augmente. Cette variation de bien-être peut être évaluée de deux manières.

La variation de revenu équivalente est celle qui serait nécessaire pour que l’individu atteigne le même niveau de bien-être sans modification de la qualité de l’environnement. En cas d’amélioration, c’est le Consentement à Recevoir (CAR) : somme que l’individu serait prêt à accepter pour que l’amélioration de l’environnement ne se produise pas.

La variation de revenu compensatoire est celle qui serait nécessaire pour que l’individu conserve son niveau de bien-être initial, malgré la variation de la qualité de l’environnement (elle est négative en cas d’amélioration). En cas d’amélioration, c’est le Consentement à Payer (CAP) : l’individu est prêt à payer toute somme qui lui serait inférieure ou égale pour obtenir cette qualité de l’environnement (sans perte de bien-être).

ii. L'écart entre CAP et CAR

On constate que quelle que soit la modification de la qualité de l’environnement, le CAP est inférieur au CAR. Cela est dû en particulier aux effets revenu et substitution engendré par la variation de la qualité de l’environnement. L’écart serait nul s’il y avait substituabilité parfaite entre biens marchands et services des actifs environnementaux, et il serait infini si la substituabilité était nulle (en effet, alors, rien ne pourrait remplacer la perte).

En pratique, on choisit généralement d’évaluer le CAP, c’est-à-dire la variation de revenu compensatoire en cas d’amélioration, et la variation de revenu équivalente en cas de détérioration. Deux raisons sont à l’origine de ce choix. Théoriquement, d’une part, le CAP donne une valeur minimale de la variation de bien-être à évaluer, ce qui permet de défendre sa crédibilité, dans le cadre d’une action en justice, par exemple, où des dommages et intérêts seraient demandés. Empiriquement, d’autre part, l’écart entre CAP et CAR est aggravé par le fait que les agents ont tendance à valoriser davantage toute perte de bien-être que les gains équivalents, et toute réduction de leurs pertes que les réductions de gains envisageables.

Cependant, un tel choix est contesté : rien ne justifie d’écarter le CAR sous prétexte qu’il est très fort, voire infini.

Dans le prochain article, j’évoquerai les méthodes d’évaluation qui découlent de ces notions.
par Matthieu publié dans : Environnement communauté : Ouvrez-vous
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